“Ils se jetaient sur la nourriture” : le terrible martyre de deux très jeunes enfants découverts dans un studio à Millau

“Ils se jetaient sur la nourriture” : le terrible martyre de deux très jeunes enfants découverts dans un studio à Millau

Au tribunal correctionnel de Rodez, la robe de la jeune femme tranche avec la gravité des mots. Fluette, l’air à peine sortie de l’adolescence, elle fait face aux juges. À ses côtés, son compagnon, extrait de prison. Entre eux, invisibles mais omniprésents, deux petits garçons de 3 et 4 ans. Deux enfants qui, depuis leur placement, se jettent sur chaque assiette comme si c’était la dernière.

Ce jour-là, on ne parle pas seulement de coups. On parle de faim, de silence, de corps couverts de bleus. La mère est jugée pour soustraction à ses obligations légales et non-assistance à personne en danger. Le compagnon, lui, pour violences habituelles sur mineur de 15 ans, en récidive. Au centre du dossier, un studio de 22 m² à Millau, devenu symbole de la maltraitance. Et deux enfants que personne n’a vraiment protégés.

A Millau, un studio minuscule et deux vies brisées

Au début de décembre 2025, la jeune femme quitte Valence. Elle évoque des “soucis familiaux“, raconte-t-elle à la barre, selon Midi Libre. Puis elle résume tout en trois mots: “Un départ précipité“, affirme-t-elle. Avec ses deux garçons, elle débarque à Millau, chez un cousin éloigné qui devient très vite son compagnon. Trois semaines d’idylle, à peine. Dans un studio étouffant de 22 m².

Là, les enfants vivaient dans le manque. Quand les soignants et les services sociaux les découvrent, le tableau est accablant: absence d’hygiène, gale, retard d’éveil. À 3 et 4 ans, aucun ne parle. Ils crient, ils grognent. Leur corps porte des blessures: ecchymoses sur les fesses, le front, les jambes, le dos, brûlures, œdème à la verge, plaies autour de l’anus.

“Ils se jetaient sur la nourriture” : la faim comme alerte

Le basculement vient après le placement en famille d’accueil. À table, les deux frères s’agrippent aux assiettes. “Ils se jettent sur la nourriture, on est obligé de les arrêter“, confie la famille d’accueil. “C’est vrai qu’ils aiment bien manger“, répond la mère, sans convaincre. Pour le procureur Nicolas Rigot-Muller, ce couple “se protège“. “Pour l’un, pour éviter une incarcération, pour l’autre, pour éviter d’alerter les services sociaux et une perte de revenus. Sans se soucier d’enfants clairement en danger“.

À l’audience, la présidente montre les photos. “Expliquez-moi“, demande-t-elle. L’un des garçons présente une lésion anale en rectangle, 12 cm sur 8. L’expertise parle d’une “volonté d’agression sexuelle“, à de “multiples tentatives“. Dans le studio, les enquêteurs ont retrouvé un godemiché. L’homme, né en 1994, minimise: il reconnaît seulement une “petite tape au cul“. “Je ne leur ai jamais fait aucun mal“, insiste-t-il. “Les bleus étaient déjà là quand ils sont arrivés chez moi. Ils se mettaient eux-mêmes des coups“. Les médecins datent pourtant les violences entre le 19 et le 31 décembre 2025, alors que la mère était absente.

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